Qu’appelle-t-on un confinement ? Discussion sur les modèles chinois et européen

Suite à une version allemande (condensée et modifiée) des textes « De virus illustribus un an et demi après », « Les raisons de la vaccination : peut-on encore être perplexe ? » ainsi que le texte d’avril 2020 « La Chine, un exemple ? », une vive discussion s’est engagée, dans laquelle plusieurs personnes du groupe Exit ! sont intervenues. Avec l’accord des intéressés, nous proposons ici une partie des échanges entre Aumercier et Grohmann d’une part et le Groupe de Critique Fétichiste de Karlsruhe (GFK) d’autre part, une discussion centrée sur les différentes gestions de crise à l’intérieur de la forme-marchandise. Les échanges se sont déroulés entre la dernière semaine de décembre 2021 et la première semaine de janvier 2022 ; ils sont présentés dans l’ordre chronologique.

1. Réaction du Groupe de Critique fétichiste de Karlsruhe

Nous avons lu et discuté l’article de Sandrine Aumercier et Frank Grohmann, publié sur la page d’accueil d’EXIT !, et constatons qu’il livre beaucoup de choses intéressantes, mais aussi des choses inquiétantes et parfois irréfléchies.

Tout d’abord, il nous semble étrange de décrire le premier confinement comme quelque chose de « particulier, d’inouï, d’historique » ou même de l’associer au sentimentalisme « d’un moment initial de saisissement ». Nous pensons que de telles descriptions sont inappropriées et ne faisons en tout cas pas partie des « nombreux » qui, selon les auteurs, seraient d’accord avec eux.

Mais le défaut d’analyse est plus grave que ce petit accès sentimental. Certes, « certains d’entre nous ont été libérés de tous leurs rendez-vous », mais il serait essentiel de faire référence aux secteurs de production qui n’ont jamais été suspendus [1], du moins dans la zone d’influence de la « communauté démocratique des bombardiers » occidentale (Robert Kurz). Il s’agit du secteur de l’automobile et des véhicules, de la construction d’installations et de machines et de l’agro-industrie, tous des secteurs « orientés vers l’exportation », comme on les appelle dans le jargon de l’économie politique, ou plus précisément des secteurs de la concurrence directe sur le marché mondial [2]

En ce sens, les « épisodes » ultérieurs ne sont pas les seuls à ne pas mériter le nom de « confinement ». Contrairement à ce qu’affirment les auteurs, cela vaut déjà pour le premier épisode de mars/avril 2020. Alors que la concurrence chinoise mettait effectivement en œuvre des mesures de quarantaine efficaces dans les provinces touchées par la maladie infectieuse, c’est-à-dire qu’elle suspendait tous les secteurs de la société, y compris la production, et provoquait ainsi l’élimination du virus, la « communauté des bombardiers démocratiques » occidentale (Robert Kurz, que nous estimons beaucoup, ne serait-ce que pour cette magnifique formulation) s’attendait à un avantage dans la concurrence sur le marché mondial. Nous devons réviser notre ancien jugement selon lequel la stratégie chinoise ne sauve pas seulement des milliers de vies humaines, mais qu’elle est aussi globalement plus avantageuse dans la rationalité interne de la richesse abstraite, dans la mesure où l’effort nécessaire de la Chine depuis maintenant deux ans pour éliminer constamment le virus mobilise des ressources tout à fait considérables et que de grandes parties du « projet de route de la soie » chinois sont notamment suspendues. La stratégie du capital occidental (qui a entre-temps tué des millions de personnes) s’est en tout cas révélée dès le début, dans les déclarations des masques de caractère du spectre politique et de leurs chanteurs de cour qui font l’opinion, comme une stratégie d’ « endiguement du virus », de « flatten the curve », afin de ne pas surcharger le système de santé déjà désorganisé par des économies massives et des privatisations. La possibilité d’une élimination du virus, non seulement théoriquement compréhensible mais aussi réellement prouvée, n’a même pas été évoquée, pour être rejetée par la suite comme « totalement irréaliste » (comme le disait le ministre allemand de la santé Jens Spahn, entre autres).

Mais nous sommes tout à fait d’accord avec les auteurs pour dire que « l’image triomphante du marché et de la démocratie se fissure ». Mais si, selon les auteurs, les épisodes ultérieurs [des « confinements lights »] ne méritent même pas le nom de « confinement », comment en viennent-ils, dans le contexte de la pandémie, à supposer un « état d’exception permanent » ? Un tel état peut tout à fait devenir une réalité sanglante dans la décomposition implacable et irréversible des rapports de capital, mais il n’y a aucune raison de penser que cet état d’exception et la loi martiale qui l’accompagne seraient légitimés autrement que par l’affirmation de la « loi et de l’ordre ». Ce n’est pas comme si cette stratégie n’avait pas fonctionné jusqu’à présent. Dans cette mesure, les thèses des petits bourgeois fétichistes de la démocratie selon lesquelles les mesures de pandémie servent à imposer cet « état d’exception permanent » ne devraient pas rester sans réponse.

Il n’est pas certain que le mode de production du capital ne puisse pas supporter une interruption aussi longue que celle qui serait nécessaire en raison de la pandémie, contrairement à ce qui est affirmé par Aumercier et Grohmann [3]. La « contradiction en procès » (Marx sur les rapports de capital) finira par échouer à cause de ses auto-contradictions immanentes. Vouloir cependant associer un « autre mode de production » qui pourrait « pendant un an [comment les auteurs en sont arrivés à cette durée ?] sans aucun souci, arrêter complètement de construire, de voyager et de produire des machines à laver, des voitures, des gadgets et des matchs de football » à la persistance des « riches » et des « pauvres » est une mauvaise blague. De plus, il ne faut pas surestimer l’accoutumance des « pauvres » à la misère. Si tu as de l’eau jusqu’à la cheville, une augmentation du niveau de l’eau de, disons, 20 cm ne pose pas de problème, mais si elle t’arrive au cou, une telle augmentation est incompatible avec la vie.

En fait, si la situation est bien « à rendre fou », c’est dans la nature des relations folles, aveuglées par le fétichisme. C’est ainsi que l’on en arrive à la discussion monstrueuse sur l’obligation de vaccination avec des produits dont les effets secondaires sont encore largement inconnus, mais dont les masques de caractère politiques ont promis monts et merveilles quant à leur efficacité, notamment l’immunité collective qu’ils permettraient d’atteindre. Il s’agit manifestement d’une campagne de désinformation visant à établir un lien de cause à effet entre la persistance et la nouvelle propagation exponentielle de l’infection et le taux de non-vaccination, étant donné que même les pays ayant un taux de vaccination de 85 à 90 %, comme le Portugal ou l’Espagne, présentent des augmentations de l’incidence et du nombre de décès similaires à celles de la RFA. La liste des insuffisances des affaires médicales au sens strict est longue, comme l’autorisation de méthodes de test manifestement insuffisantes ou l’ignorance de la standardisation d’une détermination uniforme des anticorps et, par conséquent, de la définition adéquate d’un titre d’anticorps.

Si la remarque des auteurs selon laquelle ils n’ont pas de « meilleure réponse et explication [4] » est plus qu’une coquetterie, c’est-à-dire qu’elle est sérieuse, ce serait un pitoyable constat d’échec. Nous, qui représentons la position de la critique catégorielle des rapports capitalistes, disposons bel et bien d’une meilleure réponse et d’une meilleure explication à la pandémie, et bien que nous considérions la sphère de la politique comme l’une des sphères de la socialisation fétichiste du capital et de sa division en « intérêts », et qu’il faille donc l’abolir, les exemples de la Chine et de la Nouvelle-Zélande montrent que la raison matérielle est tout à fait possible pour surmonter la pandémie, même au sein de la forme marchande. Il n’est donc pas du tout évident que « La croyance fétichiste en la viabilité de ce système est plus tenace que la survie de ceux qu’il prétend servir. ». Pourquoi un tel fatalisme ? Toute monstruosité peut être éliminée, y compris celle du fétichisme du capital, d’autant plus qu’elle est passée depuis longtemps dans le processus de désintégration agonale. L’avenir est ouvert

2. Réponse de Aumercier et Grohmann

Notre réponse tiendra ici en trois remarques.

Le « saisissement [5] » dont nous parlons au sujet du premier confinement vise à nommer quelque chose qui ne s’est effectivement jamais produit dans l’histoire. Quand-est ce que la moitié du monde capitaliste a-t-elle été mise à l’arrêt volontairement — même si ce n’était pas de son plein gré — par ses propres gardiens ? Jamais. Nous soutenons également que cela ne se reproduira probablement plus. Mais la remarque de nos contradicteurs selon laquelle même ce premier confinement n’était que partiel est tout à fait juste. Nous pensions surtout aux mesures d’arrêt de travail (avec compensation par le biais du chômage partiel). Il va sans dire que cet arrêt n’était lui aussi que partiel. Il n’en était pas moins un fait nouveau. Nous l’attribuons à l’irruption d’une situation qui a sérieusement inquiété les politiques et qui en dit long sur les relations entre la Chine et le monde occidental : lorsque les gouvernements occidentaux ont constaté que la Chine avait d’abord nié l’apparition du Sras-Cov-2, mais qu’ils ont constaté que la situation était manifestement en train de devenir incontrôlable, ils ont eu recours de manière précipitée à un confinement général – jusqu’à nouvel ordre. Nous ne pouvons pas imaginer comment une mesure aussi énorme (du point de vue de l’économie capitaliste) peut s’expliquer autrement que par un effet de surprise et une méfiance légitime envers la Chine. De ce point de vue, les analyses qui insistent sur le fait qu’il existe depuis longtemps des scénarios de pandémie qui n’ont pas été pris suffisamment au sérieux nous semblent rétroprojeter les effets de la pandémie réelle sur des modélisations théoriques qui, par définition, ne sont jamais préparées à un événement réel. On est toujours plus malin après coup ! Il est absurde d’attribuer à la sphère politique une telle marge d’intervention, quasi omnipotente (à savoir : elle pourrait non seulement prévoir, mais aussi résoudre des événements qui n’ont pas encore eu lieu), simplement parce qu’elle modélise effectivement en permanence les risques croissants auxquels nous sommes exposés par la fuite en avant du mode de production capitaliste.

Notre deuxième remarque concerne ensuite l’étrange regard porté sur le modèle chinois, que les auteurs du Groupe de Karlsruhe croient même capable d’avoir éradiqué la pandémie ! Jusqu’à présent, aucun pays ne peut se vanter d’avoir éradiqué la pandémie, car la pandémie est globale — et c’est pourquoi elle réapparaît toujours, selon ses « variantes » et ses « vagues » successives. En ce sens, la pandémie se révèle être le reflet exact des conditions de production du capitalisme mondialisé qui, à l’instar du coronavirus, ne peut disparaître région par région, mais ne pourrait être aboli que par un mouvement transnational, pour ainsi dire d’un seul coup (cf. Robert Kurz, « Appropriation universelle d’une totalité de forces productives », in Lire Marx) [6]. On voit ici la différence avec d’autres épidémies, qui ont pourtant été tout aussi « préoccupantes » — une différence qui est probablement due aux caractéristiques particulières du virus Sars-Cov-2 (notamment : contagiosité, létalité, mode de transmission, période d’incubation, etc.) ainsi que des facteurs environnementaux, politiques et géopolitiques de propagation. Ce virus a de par sa propre nature (contingente) tout pour être une réponse « sur mesure » au capitalisme du XXIe siècle ; non pas parce qu’il aurait été fabriqué en ce sens, comme certains voudraient le croire, mais dans le sens où Jacques Lacan dit que « ce qui est rejeté dans l’ordre symbolique fait retour dans le réel » (Séminaire Les psychoses) [7].

La Chine n’a pas seulement entravé l’enquête sur l’origine du Sras-Cov-2, elle a aussi fait disparaître les lanceurs d’alerte dès le début de la pandémie et interdit toute communication à ce sujet. Dès qu’il n’a plus été possible de dissimuler la réalité, elle a appliqué des méthodes agressives de confinement et de traçage des contacts qui se sont peut-être révélées (temporairement) efficaces, mais qui reposent sur l’utilisation d’outils numériques totalitaires déjà mis en œuvre auparavant et qui n’ont pas (encore) tout à fait la même acceptation sociale en Europe. Le système capitaliste dispose désormais des moyens technologiques pour tenter de manière de plus en plus agressive d’interrompre (temporairement) les chaînes de transmission virales (et la France n’a pas été en reste, où l’on a vu par exemple des drones surveiller les contrevenants au confinement). Mais ces capacités technologiques ne sont pas une preuve de succès — d’une part parce que le virus a systématiquement déjoué de telles réactions en finissant par réapparaître, d’autre part parce qu’une interruption complète de quelques semaines en Chine n’a été faite qu’en vue d’une reprise de la production la plus rapide possible et d’une démonstration arrogante de sa supériorité sur la scène internationale. Il n’y a aucune raison d’opposer la stratégie chinoise à la stratégie européenne ; toutes deux sont également dépendantes du marché mondial et toutes deux sont engagées dans une surenchère de moyens de contrôle technologiques qui sont la preuve éclatante que le système mondial dans son ensemble échappe de plus en plus à tout contrôle.

Notre troisième remarque vise à justifier la phrase selon laquelle nous n’avons pas de « meilleure réponse » que ceux qui doivent faire face aux exigences contradictoires de la pandémie d’une part et de l’économie d’autre part. Nous avons sans aucun doute une analyse différente de la leur, sinon nous ne prendrions pas la peine de nous exprimer sur le sujet. Nous pensons toutefois que leur « marge de manœuvre » est bien plus faible que ce que certains sont enclins à leur attribuer. Il est carrément infantile d’attribuer à la classe dirigeante non seulement le pouvoir de tout anticiper, mais aussi celui de tout résoudre dans les conditions existantes. Si nous n’avons pas de « meilleure réponse », c’est parce que nous savons qu’il existe un énorme fossé entre la « critique catégorielle » et la pratique transformatrice. La reconnaissance des impasses de ces civilisations ne fournit pas la clé de leur transformation effective. « L’avenir est ouvert », écrivent nos interlocuteurs, oui, théoriquement pour ainsi dire, mais la conscience l’est-elle ? Robert Kurz théorise inlassablement cette difficulté fondamentale. Il n’a cessé de répéter que le rôle de la critique est de théoriser les rapports existants et de montrer la nécessité de leur négation. Cela ne peut pas se transformer en un slogan « bon à tout faire » ni en des « y a qu’à ». En ce sens, nous ne savons pas mieux que d’autres où la transformation sociale nécessaire doit prendre son départ dans la pratique.

3. Suite de la discussion par le Groupe de Critique Fétichiste de Karlsruhe

Nous apportons volontiers notre contribution au débat sur la « Chine » et proposons, pour l’ouvrir, de nous assurer d’abord que nous partons des mêmes faits. Le déroulement des événements qui suit est celui que nous avons recherché. Si vous disposez d’informations divergentes, je vous prie de bien vouloir les corriger, en indiquant bien entendu la source correspondante.

A partir du 17 novembre 2019, entre un et cinq cas d’une nouvelle maladie pulmonaire ont été signalés chaque jour dans la province chinoise de Wuhan, pour laquelle aucun agent pathogène détectable jusqu’à présent n’a pu être diagnostiqué. Le 15 décembre, le nombre total d’infections était de 27. Le 20 décembre, 60 cas étaient confirmés. Le 27 décembre, Zhang Jixian, médecin à l’hôpital de la province voisine du Hubei, a informé les autorités sanitaires locales que la maladie était due à un nouveau coronavirus. À ce moment-là, plus de 180 personnes avaient été infectées. Les 28 et 29 décembre, trois autres patients se sont présentés à la clinique de la doctoresse. L’hôpital a informé les commissions sanitaires de la province du Hubei et de la commune. Les commissions sanitaires ont demandé à Wuhan et Jianghan, ainsi qu’à l’hôpital de Jinyintan, de mener des enquêtes épidémiologiques sur sept patients le 29 décembre. Six d’entre eux ont été transférés à Jinyintan, vers un établissement spécialisé dans les maladies infectieuses. Un patient a refusé d’être transféré. Le soir du 30 décembre, des avis ont été publiés sur Internet par la commission municipale de la santé de Wuhan, demandant à tous les hôpitaux de Wuhan de signaler tout patient atteint de pneumonie de cause inconnue qui s’était rendu au marché aux poissons de Wuhan. La Commission de la santé de Wuhan a exprimé dans une interview que l’enquête n’était pas terminée et que les experts de la Commission nationale de la santé étaient en route pour soutenir l’enquête. Les autorités sanitaires locales ont été informées de la découverte d’un agent pathogène similaire au SRAS au plus tard le 27 décembre. Suite à l’expérience de la précédente pandémie de SRAS, la Chine avait mis en place un système d’alerte précoce visant à garantir que les informations sur les épidémies soient immédiatement transmises au Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies à Pékin, indépendamment de toute considération politique. Dans le cas du nouveau virus de corona, cela n’a pas été fait immédiatement. Le 30 décembre, dans le cadre d’un groupe WeChat avec des collègues, le médecin Li Wenliang a mis en garde contre un virus qu’il pensait à l’époque être à l’origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), en raison d’une accumulation inhabituelle de pneumonies à l’hôpital local de Wuhan. Après que l’avertissement de Li et de ses collègues se soit répandu sur Internet, il a été convoqué, ainsi que d’autres de ses collègues, par la police locale. Ils ont été accusés d’avoir « fait de fausses déclarations ». Le 1er janvier 2020, l’agence de presse nationale Xinhua a fait état des prétendues « fausses informations » des médecins et a réaffirmé qu’il n’y avait aucun signe de transmission interhumaine de la nouvelle maladie. Li Wenliang, exposé à une charge virale considérable en tant que médecin traitant, est décédé le 7 février 2020 à l’âge de 33 ans de la nouvelle maladie du SRAS.  De leur propre initiative, les médecins avaient continué à envoyer des échantillons de patients à des laboratoires d’analyse en contournant les canaux officiels, afin d’enquêter de leur propre chef sur la cause de la maladie. Ils ont été réhabilités fin janvier par la Cour populaire suprême de la République populaire.

Selon les faiseurs d’opinion occidentaux, les autorités chinoises ont d’abord nié l’apparition de la maladie et ont ainsi permis sa propagation rapide. Ainsi, dans le texte « La Chine, un exemple ? » d’avril 2020, il est affirmé : « Rappelons d’abord que la chine a commencé par nier l’apparition du virus… » Cette critique de la politique d’information chinoise en décembre 2019, lorsque les premiers cas de maladie sont apparus, est justifiée. Mais face à un nombre initial de quelques centaines de cas de patients jusqu’à fin décembre 2020, la déclaration d’une situation épidémique avec toutes les conséquences que cela implique semble pour le moins problématique. Une société libérée de l’illusion de la richesse abstraite agirait peut-être effectivement avec plus de prudence, mais la Chine, comme tout le monde le sait, fait partie du système mondial de production de marchandises de la concurrence. La réponse à la question de savoir à partir de quel nombre de cas et de quelle dynamique de développement une escalade épidémique menace la population et quelles mesures radicales doivent être prises en conséquence, est sans aucun doute soumise à des influences subjectives et donc à des possibilités d’erreur. Chaque fois que des phénomènes pathologiques (nouveaux) indiquant une infection apparaissent, il existe un risque potentiel de propagation épidémique. Toutefois, ce n’est qu’à partir d’un certain moment que le mode de propagation d’une maladie, par exemple par voie aérienne anthropogène, est identifiable et qu’il est possible de soupçonner une éventuelle menace d’épizootie ou de pandémie. Comment les autorités chinoises ont-elles procédé par la suite ? Après l’identification de la nouvelle souche virale le 7 janvier 2020, l’OMS et tous ses États membres ont été immédiatement informés. Sur la base de ces données, les virologues de la Charité de Berlin, sous la direction de Christian Drosten, ont élaboré un test PCR dont la spécificité et la sensibilité ont fait l’objet de nombreuses discussions. A partir de ce moment, et au plus tard avec les mesures drastiques prises le 23 janvier en Chine (interdiction la plus large possible des activités de voyage juste avant le Nouvel An chinois, mise en quarantaine ciblée des provinces concernées, en particulier la province de Wuhan), il ne peut plus être question de minimisation de la part de la Chine. Encore une fois, selon les termes du texte « La Chine, un exemple ? » : « le gouvernement chinois, qui avait entretemps officiellement admis l’existence du virus, a pris brusquement fin janvier des mesures massives de confinement qui apparaissaient en contradiction complète avec le discours officiel. » Où veut-on en venir avec le choix suggestif des mots « officiellement admis » ? Y avait-il quelque chose à dissimuler, par exemple une avarie dans le laboratoire de virologie de haute sécurité BSL-4 à Wuhan ? Ce n’est pas à exclure, mais c’est peu probable [8].

Les mesures qui, selon cette interprétation, ont été prises « tout à coup » fin janvier, se dessinaient déjà auparavant, non seulement dans le « discours officiel » mais aussi dans la construction d’un hôpital d’urgence à Wuhan. Elles résultent de l’augmentation exponentielle du nombre de maladies et surtout de décès. Pour enrayer une épidémie imminente, il faut bien entendu « isoler drastiquement les personnes infectées, tracer leurs contacts et ne confiner que les personnes potentiellement ou effectivement infectées ». Les mesures de suivi et de surveillance numériques esquissées ci-après : « Pour isoler les cas positifs et les malades potentiels (et renvoyer au plus vite les autres au travail), il faut en effet pouvoir non seulement les dépister, mais aussi les pister » — ces mesures ne découlent pas d’une quarantaine complète, des mesures prises donc au cours des premières semaines, mais de mesures prises par la suite comme possibilité de réagir en temps réel à une nouvelle introduction de virus anthroponotique. La remarque sur le « diktat » du retour rapide au travail semble plutôt amusante. Ce que la Chine a effectivement pratiqué en raison de la protection contre les infections, à savoir la suspension (temporaire) de la production, n’a même pas été envisagé par les masques de caractère responsables de « l’Occident glorieux ». L’utilisation du suivi numérique dans le cadre de la lutte contre les infections ne prouve évidemment pas « que ces nouveaux systèmes seront abandonnés une fois l’épidémie terminée ». Compte tenu du système de crédit social déjà adopté auparavant, en 2014, en Chine, il ne faut pas s’y attendre. En effet, de tels systèmes d’évaluation existent également dans « l’Occident démocratique » à différents niveaux, comme les vérifications réglementaires sur la solidité politique et financière (tel le Schufa en Allemagne), etc. Avec cette constatation, nous n’avons aucunement l’intention de relativiser le contrôle social (que nous désapprouvons également en Chine). Mais le fait que le gouvernement chinois en postule (soi-disant ?) la nécessité renvoie en fait à l’instabilité des rapports sociaux en Chine, une instabilité qui repose sur les processus de transformation sociale disruptifs du capitalisme d’État vers des zones particulières de concurrence ouverte orientées vers l’exportation dans un rapport de capital en décomposition globale. Il est toutefois intéressant de noter dans le texte « La Chine, un exemple ? » la petite pointe selon laquelle « il est prévu que les entreprises soient elles-mêmes soumises à la notation sociale ». Une petite différence, mais de taille, par rapport à ce qui se passe en Occident.

Venons-en à Li Wenliang. Il est affirmé dans le cadre de son affaire que « les journalistes Chen Qiushi et Fang Bin, qui dénonçaient la gestion de la crise ont quant à eux disparu ». Le médecin Li Wenliang est mort le 7 février au début de l’épidémie (comme d’ailleurs plusieurs autres travailleurs du secteur de la santé) à cause du Covid-19. Fin janvier, les autorités ont présenté des excuses publiques à Li, qui a été réhabilité avec ses collègues [9]. Sa mort, ainsi que celle de nombreux autres, est particulièrement tragique dans la mesure où certains d’entre nous pensent encore pouvoir classer le méchant Covid-19 au niveau d’une infection grippale [10]. En ce qui concerne Chen Qiushi, il est arrivé à Wuhan le 23.1.2020 pour témoigner des conditions qui y règnent. Il a été arrêté le 7 février et mis en quarantaine, car il se trouvait effectivement dans la zone de quarantaine désignée. Par la suite, il a été accusé de désinformation et n’a été libéré qu’en septembre 2021. Fang Bin est toujours détenu. Si cette action des autorités chinoises doit être fermement critiquée, le mot de « disparition », qui tend à suggérer l’assassinat des personnes, est problématique.

La réaction de la Chine aux dénonciations constantes de Trump (« virus chinois »), par exemple en évoquant l’utilisation d’une arme B « de bas niveau » dans le cadre d’une opération des services secrets américains, fait partie de la contre-stratégie psychologique dans une « guerre froide de propagande » déclarée depuis longtemps par l’Occident contre l’influence globale croissante de la Chine [11] (et de la Russie). D’ailleurs, de telles utilisations d’armes B et C sont documentées, par exemple contre Cuba. Nous considérons les sources cubaines comme crédibles.

Nous lisons encore dans les différentes déclarations des auteurs :

1. « Tout à coup, la Chine commence à se hisser au rang de championne universelle de la crise du coronavirus avant même que l’épidémie ne soit enrayée sur son propre territoire. » (dans « La Chine, un exemple ? »). [12] Cela signifie-t-il que l’élimination du virus (pas l’endiguement d’ailleurs), malheureusement toujours temporaire, est reconnue comme un fait ?

2. « Décrire la politique chinoise comme réussie nous semble à nouveau relever de la stratégie occidentale de revendiquer et de justifier ce type de gestion totalitaire des crises. » La « stratégie occidentale » n’a pas consisté à « décrire la politique chinoise comme une réussite », mais bien au contraire à commencer par « mettre en doute les chiffres chinois », ce que l’on est bien sûr en droit de faire (pourquoi au fait ? ah oui, il s’agit après tout de données statistiques chinoises). « Moins de morts » serait « avant tout, si c’est le cas, un succès de la propagande chinoise ». Ce qui est simplement rejeté ici comme propagande « moins de morts » et qui n’est entre-temps plus mis en doute même par les médias d’État occidentaux, ce sont 5.697 décès au 13.12.2021, rapportés à la population de la RFA, on arrive à environ 400 décès. Si nous considérons le matériel statistique de la Nouvelle-Zélande, état au 27.12.2021, avec 51 (!) décès de Covid-19 déclarés, on obtient également un ordre de grandeur non calculé de quelques centaines de décès (environ 600). Que pouvons-nous en conclure ? Soit les « chiffres chinois et néo-zélandais » mentent de la même manière, soit ils reflètent tous deux la réalité. Il est intéressant de noter que les chiffres néo-zélandais n’ont jamais été mis en doute, ni par les autorités occidentales, ni par Aumercier et Grohmann.

3. Les mêmes poursuivent en écrivant : « Or, ce n’est pas un « succès », mais une guerre (d’abord contre sa propre population) et une démonstration de force sur la scène internationale. » Nous, qui avons l’habitude d’associer la « guerre » plutôt à une mort massive qu’à un sauvetage massif de vies, ne pouvons et ne voulons pas suivre cette rhétorique de « guerre » présentée avec beaucoup de verve émotionnelle.

4. L’aide apportée à d’autres pays par des équipes non seulement chinoises, mais aussi russes et cubaines, et que le texte « La Chine, un exemple ? » tente à nouveau de dénoncer de manière singulière, doit également être considérée comme une « démonstration de force sur la scène internationale » :  « Dès le mois de mars, des équipes médicales chinoises apportaient leur soutien en Italie, en Iran, en Irak, en Serbie sans compter l’envoi de matériel dans de nombreux pays (dont un million de masques de protection à la France) et Xin Jinping promettait largement, de Vladimir Poutine à Angela Merkel, le soutien et l’expertise de son pays. Ces gestes de solidarité emphatiques – sur fond de chauvinisme exacerbé des États – annoncent l’acceptation passive d’un mode de gouvernance totalitaire qui se donne pour le seul à pouvoir sortir le monde du pétrin. » Au vu de l’égoïsme mortel de la « communauté des États » européens à l’époque, ne serait-il pas plus approprié de reconnaître l’aide de la Chine, de la Russie et de Cuba, ou du moins de garder un silence honteux ?

Encore quelques remarques sur les Ouïghours, Hong Kong et la politique étrangère (historique) de la Chine. Ouïghours : le conflit couve avec plus ou moins d’intensité depuis 1949. A partir des années 2000, quelques attentats à la bombe ont été commis par des groupes séparatistes et islamistes ouïghours (et pas seulement) dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Pour contrer l’influence croissante des organisations islamistes, les autorités chinoises ont recours à des « rééducations » qui durent des semaines, voire des mois. Étant donné qu’une contribution a également mentionné Boko Haram, la question fondamentale est de savoir comment aborder le problème de l’émergence d’idéologies religieuses dangereuses pour la société. Sur le plan théorique critique, il est décisif de décrypter leur origine dans la décomposition de la cohérence capitaliste et de les comprendre — contrairement à l’idéologie Anti-deutsch — comme un produit original de la décomposition de la modernité capitaliste et non comme un retour ou une relique persistante de la pré-modernité. Mais cela ne nous dispense pas de répondre à la question de savoir comment limiter cette évolution meurtrière.

Par ailleurs, certains articles sur le sujet font preuve d’une euphorie sans bornes à l’égard du « mouvement démocratique de Hong Kong ». Elle nous semble déplacée. Que l’on pense ce que l’on veut de la revue Konkret, il convient de mentionner le regard différent porté sur ce « mouvement » dans la série d’articles du numéro 1/2020 qui, sous le titre « Trump, libère-nous, le Pegida de Hong Kong », traite entre autres des pogroms racistes commis par une partie de ce « mouvement » à l’encontre des travailleurs immigrés chinois. Il manque encore, non seulement pour relativiser l’affirmation selon laquelle nous ferions  « l’éloge de la terreur d’État chinoise » [13], mais aussi pour une prise de position historique fondamentale, une petite digression l’historique.

Dans l’Angola des années 60 et 70, la Chine a soutenu l’Unita, dirigée par un certain Jonas Savimbi, qui a agi contre le MPLA, finalement victorieux dans la guerre contre le régime colonial portugais. Selon des documents portugais de l’époque, aujourd’hui accessibles au public, l’Unita a conclu un accord de collaboration avec la puissance coloniale portugaise dès le début de 1970, en pleine guerre anticoloniale contre le régime fasciste de Salazar. Au début, comme nous l’avons dit, elle a reçu l’aide de la République populaire de Chine, mais après 1974, elle a été de plus en plus récupérée ou s’est laissé récupérer par la République d’Afrique du Sud (sous le gouvernement d’apartheid de l’époque), les milieux conservateurs de droite américains et la CIA, mais aussi par des acteurs ouest-allemands et le royaume du Maroc, pour des objectifs géostratégiques et régionaux. Parmi les acteurs ouest-allemands, on trouve Franz-Josef Strauß, le « cochon de Bavière » bien connu des plus anciens d’entre nous, qui a non seulement fourni régulièrement des armes à l’État d’apartheid fasciste sud-africain, dont la camarilla militaire a annexé la Namibie et terrorisé le sud de l’Angola avec ladite Unita, mais qui a aussi littéralement courtisé ledit Jonas Savimbi.

Il reste encore à mettre en lumière le rôle de la Chine dans le conflit cambodgien, dans lequel elle a soutenu les Khmers rouges de Pol Pot, lequel coopérait d’ailleurs avec un certain Sihanouk, un pion de l’impérialisme américain. Après que l’armée vietnamienne a mis fin à l’odieux régime de Pol Pot en 1978, l’armée chinoise a envahi le nord du Vietnam, mais elle a été stoppée par les forces vietnamiennes, qui ont ensuite déclaré qu’il s’agissait d’une « action punitive limitée ». En d’autres termes, nous n’avons pas beaucoup de sympathie pour la Chine, mais il n’en reste pas moins qu’une analyse des processus géopolitiques actuels qui ne soit pas guidée par le ressentiment doit conceptualiser la menace réelle que représente l’OTAN pour la Russie [14] en particulier, mais aussi pour la Chine.

Pour conclure, revenons au thème principal, à savoir la pandémie, et résumons-le en une phrase : nous reconnaissons le bien-fondé matériel des mesures chinoises prises à cet égard pour sauver des vies, ni plus, ni moins.  

Question finale : quel est l’État qui compte a) en valeur absolue et b) en valeur relative le plus grand nombre de prisonniers ? Et quel État a déclenché et mené des guerres sans interruption depuis 1950 ? (Petit indice : il s’agit de la puissance dirigeante de la communauté démocratique des bombardiers).

4. Dernière réplique par Aumercier et Grohmann

Nous entrons volontiers dans une discussion plus détaillée sur le cas chinois. Cette discussion est soumise de part et d’autres à beaucoup d’incertitudes sur les faits considérés, comme déjà dit. La charge de la preuve peut ainsi être renvoyée de part et d’autre au service des préjugés et des idéologies respectives. C’est évidemment ce qui se passe au niveau international. C’est à cela qu’il s’agit de faire attention entre nous, et cette discussion devrait servir à nuancer ou préciser des positions — du moins, espérons-le.

Votre interprétation du commencement de la pandémie en Chine minimise d’une manière évidente le fait que le gouvernement chinois a persécuté, voire fait disparaître, des personnes et a sévèrement censuré la diffusion de nouvelles informations. Ce fait ne peut pas être traité uniquement à partir de la question de savoir « à partir de quel nombre de cas et de quelle dynamique de développement » il est temps d’intervenir. Il est pour le moins étrange de renvoyer cela à de simples « appréciations subjectives » et « possibilités d’erreur ». Confondre des interventions étatiques autoritaires avec des « possibilités d’erreurs » ne peut que relever de votre propre aveuglement. Attention : nous ne sommes pas en train de dire que cette marge d’erreur n’existe pas, même en Chine ; nous disons que traiter ces incertitudes d’appréciation au moyen de la censure d’État et de l’enfermement de citoyens n’est plus du domaine de « l’erreur ». Lorsque l’information circule, elle peut également être niée, minimisée ou la réponse retardée (comme dans d’autres pays à l’époque de l’apparition de la pandémie). La ministre française de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, a par exemple été mise en examen en septembre 2021 pour « mise en danger de la vie d’autrui » pour avoir réagi de manière trop rassurante et laxiste aux premiers signes de la pandémie en janvier 2020. La Chine n’a pas un exercé cette sorte de déni, mais elle l´a bien fait comme une dictature !

Quant à la contestation du mot « disparition », nous nous référons à différents articles du printemps 2020 : personne ne savait où se trouvaient ces personnes [15] ou bien elles furent mises en « quarantaine » forcée. Bien davantage que deux personnes ont d’ailleurs « disparu » de cette manière. Si certaines ont été « réhabilitées » par la suite, comme vous le soulignez à deux reprises (quelle grandeur d’âme de la part du Parti communiste chinois et quelle mesquinerie de notre part de l’avoir omis !) c’est bien que ces personnes avaient été publiquement discréditées et qu’elles avaient disparu de la vie publique jusque-là : elles ont été mises hors d’état de « nuire » à la propagande d´État physiquement et socialement. Votre réponse est que Chen Qiushi a été libéré en septembre 2021 (un an et demi plus tard) et que « Fang Bin est toujours détenu » (après deux ans) : comment faut-il appeler ça ? Que diriez-vous si c’était un membre de votre famille (pardon pour ce sentimentalisme déplacé) ? Les détentions arbitraires n’ont jamais cessé et toute diffusion d’information qui échappe à l´État est jusqu’à aujourd’hui sévèrement réprimée. Reporter sans Frontières déclarait en 2020 la Chine le pays détenant en prison le plus grand nombre de journalistes au monde [16]. Qu’est-ce qui justifie ce triste record ?    

Alors que le gouvernement chinois avait commencé à tout miser sur l’interruption de la pandémie à partir du 23 janvier, comme vous le retracez, voilà le genre de chose qui pouvait encore se produire : « Dans un discours prononcé le 3 février 2020 — et publié douze jours plus tard par l’agence de presse chinoise — Xi Jinping a annoncé que « le peuple menait une guerre » qui devait être fondée sur la « stabilité sociale ». Le président chinois a promis de « sévir contre ceux qui profitent de l’épidémie pour lancer des rumeurs » ». (La rhétorique de la guerre contre le virus, on l’a entendue ailleurs peu de temps après.) Le double discours est bien là : une réaction massive au niveau des services de santé, et en même temps une réaction tout aussi massive de répression de toute parole libre à ce sujet. Ce double discours se poursuit jusqu’à aujourd’hui et les « réhabilitations » n’y changent rien.

Pour ce qui est de l’évaluation des interventions de l´État chinois dans le domaine sanitaire, nous reconnaissons que les témoignages disponibles sont très divers et semblent également colorés par les options idéologiques des témoins en question (tout comme chacun de nous). Ainsi, le collectif communiste Chuang affirme que le « succès » serait bien plutôt dû à l’auto-organisation communale et populaire qu’aux interventions de l´État qui seraient beaucoup plus chaotiques que ne se le représente l´Occident. Les « comités de résidents » formés à l’époque de Mao ont joué un grand rôle. L’État chinois n’a pas les moyens de contrôler cet immense pays autrement qu’en déléguant énormément au niveau local. Les mêmes auteurs reprochent à l’Occident de répandre une vision d’un État chinois totalitaire qui ne correspond pas à la réalité [17]. Leurs priorités idéologiques sont ailleurs, de toute évidence, puisqu’ils sont focalisés sur les syndicats et les luttes de classe. Les activistes des droits de l’homme font, bien sûr, entendre un autre son de cloche. Chacun sa grille idéologique. Nous ne sommes pas sur place pour vérifier quoi que ce soit. Il est un fait que le système de crédit social n’a pas été implémenté sur tout le territoire mais qu’il a été seulement mis à l’essai. Il est un fait également qu’il y a loin à ce que ce système soit entièrement centralisé et fonctionne comme prévu. Mais cela n’enlève rien aux perspectives à long terme de ce projet ni au développement d’une surveillance numérique sans reste. En voici une description éloquente (qui d’ailleurs ne contredit pas le collectif Chuang): « Par exemple, dans la ville de Yichang, dans la province de Hubei, chaque gestionnaire de réseau est équipé d’un smartphone spécialisé utilisé pour collecter des informations auprès des volontaires et des responsables de la communauté. Les volontaires, généralement appelés « informateurs », sont recrutés par la communauté et représentent environ 10% de la population de la communauté. En outre, dans de nombreuses villes, la communauté a mis en place sa propre plateforme de gestion de l’information en ligne, qui regroupe les informations relatives à la population, au logement, à la sécurité sociale, au planning familial et au développement économique. Ces informations peuvent être partagées par les travailleurs communautaires pour des actions rapides ; les résidents peuvent également utiliser la plateforme pour certains services. Cette combinaison de numérisation et d’informatisation est au cœur de ce que l’on appelle officiellement la « smart city ». En fait, comme le montrent certaines études approfondies sur le système des informateurs, tout le monde, et pas seulement les personnes recrutées dans la communauté, peut (et est encouragé par les autorités à) signaler des informations sur des transgressions ou des transgresseurs présumés via des applications mobiles spécialisées et des plates-formes en ligne, ce qui est considéré comme plus pratique. [18] » Nous partageons entièrement les remarques des auteurs de GFK quant aux inspirations, voire aux équivalents américains et européens de tels systèmes Nous ne disons pas autre chose ! Nous pensons que la Chine, en tant que puissance économique montante, sert ici de paravent : il est bien facile justement de l’accuser de « totalitarisme technologique » pour avoir le cœur haut et les mains propres dans l’emploi des mêmes technologies ailleurs. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’un totalitarisme technologique, même si nous reconnaissons qu’il conviendrait de s’accorder sur une définition du « totalitarisme ». Encore une fois : ce n’est pas parce que l´Occident utilise la dictature chinoise comme paravent que cette dictature n’existe pas.

En ce qui concerne l’hypothèse du laboratoire, nous n’avons jamais été très chauds pour elle, notamment parce que c’était l’hypothèse préférée des conspirationnistes, et aussi parce qu’elle a été réfutée dans un premier temps. Aujourd’hui, elle a toutefois officiellement refait surface. Il y a beaucoup d’éléments qui la démentent, mais certains qui ne permettent pas de l’exclure. La mission d’experts envoyée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Wuhan pour enquêter sur les origines du virus est revenue sans certitude. Les autorités chinoises étaient opaques et pour l’un des enquêteurs, Peter Daszak, il y avait des conflits d’intérêts. Une seule chose au moins est claire : le gouvernement chinois a tout fait pour empêcher l’enquête de se dérouler de manière transparente et indépendante.

Nous ne contestons pas (jusqu’à preuve du contraire) que la Chine ou la Nouvelle-Zélande aient évité de nombreux morts, mais nous contestons que cette « efficacité » soit un argument en faveur de cette politique sanitaire. Tout d’abord, un commentaire sur notre réserve (« jusqu’à preuve du contraire »). Il est parfaitement permis d’avoir des doutes à ce sujet en Chine et de nombreux observateurs les ont exprimés au printemps 2020. La comparaison avec les registres de mortalité suggérait le double des déclarations officielles dans les trois premiers mois [19]. Une étude basée sur le nombre d’urnes funéraires aboutissait à une estimation du même ordre [20]. Le media Free Asia Radio révélait aussi début 2021 la disparition troublante du nom de 150 000 bénéficiaires âgés, recevant une pension de l´État [21]. Nous ne sommes pas allés vérifier si ces informations sont justes ou fausses, mais elles peuvent être versées au dossier. Bizarrement, il semble impossible de trouver des informations plus récentes ou des discussions sérieuses là-dessus. La seule chose qui est sûre, c’est qu’il n’y a aucune raison, même aujourd’hui, de croire le discours officiel et que ceux qui, sur place, ouvrent leur bouche, risquent précisément de « disparaître ». Nous pouvons supposer, mais ce n’est qu’une supposition — que finalement, après les doutes énoncés par la communauté internationale au printemps 2020, cette situation arrange tout le monde. Car si la Chine sort victorieuse — réellement ou supposément — de la « guerre contre le virus », alors il est permis de s’intéresser à ses méthodes — réelles ou supposées — et même de les importer, tout en continuant à nous gargariser de la supériorité de nos « valeurs européennes » qui, elles, seraient parfaitement immunisées contre le virus de la dictature chinoise.  La stratégie occidentale a été ambivalente dès le début : ici encensant le succès du confinement chinois, là doutant ouvertement des chiffres communiqués. C’est cette ambivalence que nous essayons d’expliquer.

Concernant maintenant la nature de la réactivité de l´État chinois. Le taux de croissance habituel a certainement donné une longueur d’avance à la Chine dans le traitement de la crise sanitaire, compte tenu qu’il s’agissait de faire énergiquement diversion et de se redorer le blason au niveau international. En 2020, la Chine était la seule grosse puissance affichant une croissance positive, bien que ralentie. A quelque chose malheur est bon : « La Chine est tirée par le rebond de ses exportations, qui ont progressé de 18% en décembre [2020], notamment en matière médicale, et tire profit des difficultés logistiques rencontrées par ses concurrents. [22]» Mais il est exclu de dire que la Chine a pratiqué un confinement de la production pendant deux ans. Celui-ci n’aura duré que du 23 janvier au 8 avril. Passé le premier confinement à Wuhan, tout a été fait pour que les gens continuent travailler normalement ; l’essentiel a porté sur le contrôle très strict des frontières et du trafic aérien et une position extrêmement réactive à la moindre déclaration d’un cas. On peut trouver cela digne d’éloges, mais replacé dans le contexte de la politique intérieure et extérieure chinoise, il est évident que cette forme de contrôle n’est pas sans rappeler celle qui s’instaure chez nous : tout miser sur le traçage des cas contact, les tests, les masques et la vaccination, mais toucher le moins possible à l’appareil de production. Une chose n’a pas été du tout évoquée dans cette discussion : la généralisation du télétravail (ainsi que celle de la livraison à domicile). Celui-ci semble offrir plus de « libertés » aux travailleurs qui l’ont plébiscité, mais elle en offre aussi davantage aux employeurs, qui pourront économiser des bureaux. La banalisation du télétravail est notamment ce qui distingue le premier confinement européen (où des mesures de chômage partiel ont été mises en place, au moins dans certains secteurs) et les confinements ultérieurs, où il était question de télétravail au moins partiel et non de mise au chômage. Une tendance qui ne va pas disparaître. Selon nous, tous les pays ayant appliqué la stratégie Zéro Covid ont misé sur la digitalisation massive des activités, assortie de tout l’attirail autoritaire concernant les contacts et la vie quotidienne. L’espace privé (la maison) devient confondu à l’espace de production, et le reste de la vie sociale est encadré, surveillé ou carrément supprimé pour raisons sanitaires. Parallèlement, plus aucun espace n’échappe à la connectivité. C’est exactement ce que, pour notre part, nous hésitons à nommer un « vrai confinement ». Subjectivement oui, on a tous bien des raisons de se sentir confinés, et pour cause ! Mais du point de vue de la reproduction objective du système ? La production n’est pas confinée, elle est seulement impactée. Selon nous, seul mériterait le nom de « vrai confinement » un arrêt complet de la production (à l’exception, disons, de la production alimentaire et médicale). C’est la raison pour laquelle tout ce qui s’est nommé confinement dans le monde, indifféremment en Asie ou en Europe, ne mérite à notre avis pas ce nom. Mais il nous semble que ce que nous avons appelé le « moment initial de saisissement » est ce bref instant où on a pratiqué une chose aussi énorme que renvoyer les gens à la maison et les mettre au chômage. La critique du travail portée par la critique de la valeur doit à notre avis se pencher sur cette petite différence qui fait toute la différence.

Quel que soit le « sentimentalisme » de notre estimation comparée du premier confinement en Chine et dans le reste du monde, « sauver des vies » ne pourra aller qu’au prix d’un contrôle croissant dans tous les domaines et une montée en autoritarisme touchant toute la vie sociale. La crise écologique, en s’approfondissant, ne fera qu’acculer les gouvernements aux mesures les plus liberticides dont l’utopie est représentée dans le smart grid, la smart city et la smart planete. En ce sens, c’est peut-être notre tour de renvoyer aux auteurs de Karlsruhe notre étonnement sur leur propre « sentimentalisme », quand ils font l’éloge du modèle sanitaire chinois — indépendamment de toutes les zones d’ombre que nous avons évoquées — pour avoir « sauvé tant de vies » alors que ce modèle autoritaire et biopolitique (pour ne pas dire totalitaire) est celui-là même qui se met en place sous nos yeux et qui est justement au service de la destruction accélérée de toutes les bases de la vie. Vu ainsi, les « vies sauvées » pendant la crise du coronavirus sont autant de « vies reversées » dans la poursuite de la machine de mort planétaire. Contrairement à une grande partie de la gauche critique, notre projet n’est pas de discuter les mérites de telles ou telles mesures sanitaires plus ou moins efficaces — et peut-être nous sommes-nous laissés entraîner trop loin dans cette discussion — mais de comprendre en quoi les « confinements » sont autant de versions d’une seule et même mutation du capitalisme de crise en société de contrôle. Et ceci pas nécessairement ou pas seulement en vertu d’idéologies autoritaires, mais en vertu d’abord de sa logique interne de décomposition.

Les autres questions géopolitiques soulevées ensuite par les auteurs (Ouïgours, Hong Kong, etc.) quittent le terrain de la discussion spécifique sur la gestion de pandémie et demanderaient beaucoup plus de temps et de compétences. Cependant, les auteurs nous semblent toujours préférer une position charitable ou relativiste vis-à-vis des graves exactions de la Chine, voire tout à coup de Cuba et de la Russie. Y a-t-il encore quelque chose à sauver dans ces pays-là ? N’est-ce pas la survivance d’un vieux gauchisme incurable qui n’a pas encore tourné la page de la guerre froide ? On trouve ce genre de complaisance du côté du Comité International de la Quatrième internationale [23]. Dénoncer l’hypocrisie occidentale ne saurait couvrir les formes qu’y prend le capitalisme dans les ex-pays socialistes. On peut résolument refuser de « choisir » entre les formes concurrentes que prend le capitalisme de crise, ne serait-ce que parce que leurs rivalités commerciales et géopolitiques sont des épiphénomènes de leur dépendance mutuelle et globale (donc au niveau « catégoriel » de l’analyse). On n’a pas besoin de sauver des systèmes dictatoriaux pour accuser les démocraties libérales, pas plus qu’on n’a besoin de sauver les démocraties pour accuser les dictatures, si tant est qu’il s’agit de critiquer la forme-État et la forme-marchandise.

Ce débat touche à l’essentiel. Il nous est facile de critiquer telle ou telle politique sanitaire et de prétendre que telle autre politique est plus rationnelle. Cela fait deux ans que tout le monde y va ainsi de son avis sur une « meilleure gestion sanitaire » et une certaine gauche aussi adore ce genre d’exercice. Du strict point de vue de la « raison matérielle » capitaliste, nous ne croyons pas disposer d’un scénario alternatif de meilleure gestion sanitaire, nous l’avons dit et vous y avez mal réagi. Elle s’inscrit dans tous les cas dans la même rationalité capitaliste, laquelle ne peut être réduite aux compromis particuliers qui ont cours au niveau national. Ainsi, dans le modèle chinois, néo-zélandais, etc., un autre aspect, celui de la fermeture des frontières et de l’érection d’immenses centres de quarantaine, devrait aussi faire partie de la discussion. Ce que cela peut signifier pour les migrants et travailleurs étrangers est d’ailleurs passé sous silence. Cela rappelle à quel point le repli national (temporaire ou sélectif) constitue toujours l’envers invisible de la mondialisation. Lorsque nous nous insurgeons contre une possible obligation vaccinale mais supposons qu’une autre gestion serait possible, nous admettons implicitement que la fermeture des frontières, les contrôles généralisés, la numérisation des activités, sont une solution préférable (à moins de nier la réalité de la pandémie). La « démonstration par la réduction du nombre de morts » tend alors à justifier cette tendance fondamentale qui ne nous semble pourtant pas moins barbare que les politiques européennes de vaccination tant décriées. Elles font toutes partie, selon nous, du même « paquet » biopolitique. Justifier l’une de ces politiques nationales par le seul décompte du nombre de morts évités ne peut constituer qu’un aveu d’échec et une forme de complaisance devant la tendance montante qui, nécessairement, justifiera toutes les mesures prises par la « protection de la vie » (c’est bien avec cette rhétorique que le ministre de la santé français Olivier Véran justifie la pléthore de mesures fastidieuses et parfois farfelues).

Or ne s’agit pas de « protéger la vie » – nous récusons ici toute forme de vitalisme et d’écologisme – il s’agit d’en finir avec cette machine de production parce qu’elle est une machine de mort. La destruction de la nature n’est que la conséquence de la destruction de la société. En finir avec une machine de mort n’est pas symétrique de « protéger la vie » ou de « protéger la nature » mais signifie défendre la possibilité de la société. (Cette nuance échappe à la plupart des écologistes.) En finir avec cette machine de mort signifie selon nous de rompre au bon endroit avec la rhétorique vitaliste répugnante qui est son rejeton moderne. La « vie nue », comme dit l’autre, n’est pas le bien suprême. Les sociétés ne se sont jamais organisées symboliquement et matériellement en fonction « du sauvetage de la vie » mais afin de permettre la continuation de la société.

Suite à cette réponse, les auteurs du Groupe de Critique Fétichiste de Karlsruhe nous ont envoyé un long développement sur les manquements de l´OTAN à ses promesses (concernant en particulier son extension aux pays de l´Est). Nous avons admis avoir négligé dans nos réponses le volet géopolitique et ne souhaitons pas entrer dans un nouveau débat. L´échange se termine là-dessus.


[1] Sans compter les pertes de production dues aux goulots d’étranglement des fournisseurs, qui ont justement manqué de produits intermédiaires fournis par la Chine.

[2] L’orientation vers l’exportation est donc le critère déterminant pour la soumission des secteurs économiques au confinement et non, comme le formulent à tort les auteurs, « tout ce qui a une importance économique doit continuer à fonctionner autant que possible, tandis que la vie quotidienne « sans valeur » est de plus en plus rognée ».

[3] Une quarantaine de 4 à 6 semaines serait nécessaire (si l’on se base sur une période d’incubation de 6 jours en moyenne) et en aucun cas une année ou même une « durée de temps indéterminées », comme le formulent les auteurs. [Notre texte en allemand formule : « Ce mode de production est incapable d’assumer une interruption aussi prolongée que nécessaire de l’activité économique, et ceci même quand ladite activité économique est qualifiée de « non essentielle ». Dans un autre mode de production, on pourrait, par exemple, pendant un an, arrêter complètement de construire, de voyager, de produire des lave-linges, des voitures, des gadgets et des matchs de foot : la pénurie serait tout à fait supportable pour les riches et les pauvres sont habitués à s’en passer ! Mais dans le régime capitaliste, même deux jours d’interruption sont une catastrophe. » (SA & FG)]

[4] Le texte allemand formule : « Mais on peut être perplexe sur la gestion de cette pandémie sans en nier la réalité, contrairement à certains antivax. Non pas parce que nous pensons avoir une meilleure réponse et une meilleure explication que ceux qui en ont la charge, mais parce que nous reconnaissons, au contraire, qu’aucune réponse politique ne peut être adéquate à la présente crise. (SA & FG) »

[5] Comme l’ont remarqué certains participants, certains malentendus ont découlé ´une mauvaise traduction du mot « saisissement » (SA & FG).

[6] Commentaire ajouté ici : c’est le problème jamais résolu du « socialisme dans un seul pays ».

[7] Commentaire ajouté ici : il s’agit de dire par là que nous recevons à un moment « dans le réel » exactement ce dont nous ne voulons rien savoir « dans le symbolique ».

[8] Voir l’émission de radio de Deutschlandfunk « La piste du virus, partie 2, l’hypothèse de laboratoire » : l’hypothèse de laboratoire a connu une carrière fulgurante depuis les bas-fonds des réseaux sociaux jusqu’au point de presse de la Maison Blanche : à l’époque, Donald Trump est en fonction. Il dit avoir la preuve que le Sars-Cov-2 a été fabriqué en laboratoire par les Chinois. Mais il ne veut pas les révéler. « Je ne peux pas le dire. Je n’ai pas le droit de le dire ». Contrairement à Trump, la grande majorité des scientifiques ne croit pas beaucoup à l’hypothèse du laboratoire. Pour les experts de l’Organisation mondiale de la santé, elle reste extrêmement improbable après une première mission d’enquête à Wuhan. Plus de détails à ce sujet dans l’émission en question de la Deutschlandfunk.

[9] Pourquoi ceci ne mérite-t-il pas d’être mentionné par Aumercier et Grohmann ?

[10] Cette évolution vers une faible pathogénicité et donc, espérons-le, la fin de cette pandémie, se profile avec le variant omicron. Mais c’est autre chose que l’ignorance bornée d’un danger jusqu’ici bien réel.

[11] Mot-clé : projet chinois de la Route de la Soie.

[12] Dans le « championnat du monde » de l’autocélébration, c’est justement la RFA qui joue un rôle de premier plan, mais sans aucun fondement.

[13] Il y a au moins un point sur lequel la « terreur d’État chinoise » se distingue nettement de l’Occident, à savoir la question de la vaccination. Contrairement aux campagnes de désinformation et de dénonciation menées ici contre les personnes non vaccinées, la vaccination obligatoire contre le Sras-CoV-2 n’existe pas en Chine. Les autorités sanitaires chinoises ont constaté et communiqué dès le début l’insuffisance des vaccins en termes d’immunité stérile, et donc d’utilité pour le confinement ou l’élimination du virus. La vaccination a été laissée à la discrétion de chaque individu, de manière parfaitement adéquate et rationnelle, dans le seul but d’améliorer la protection individuelle.

[14] Serait-ce là le prochain terrain miné susceptible de « choquer » les uns et les autres ? Au vu des agressions actuelles de l’OTAN, une analyse de ces événements serait effectivement d’une grande pertinence.

[15] Voir : https://www.leparisien.fr/international/coronavirus-deux-citoyens-journalistes-disparaissent-a-wuhan-pekin-accuse-de-censure-11-02-2020-8257686.php : « ils sont portés disparus par leurs proches ».

[16] Voir https://www.rfa.org/english/news/china/crackdown-01132021105640.html ; https://www.rfa.org/english/news/china/covid19-detentions-06102021104346.html ; voir aussi : https://www.rfa.org/english/news/china/covid-india-05042021083521.html : « On Dec. 28, 2020, citizen journalist Zhang Zhan was sentenced to four years’ imprisonment by the Pudong District People’s Court, which found her guilty of « picking quarrels and stirring up trouble, » a charge frequently used to target critics of the government. (…) Meanwhile, Chen Mei and Cai Wei, who tried to preserve censored COVID information, are still in detention, CHRD said. (…) China was among the world’s biggest jailers of journalists in 2020, continuing a pattern of total state control over the media begun under Xi, with more than 100 journalists and bloggers currently behind bars, according to the Paris-based press freedom group Reporters Without Borders (RSF).»

[17] Voir : https://chuangcn.org/2020/11/interview-with-asia-art-tours/

[18] Voir Jue Jiang, « A Question of Human Rights or Human Left? – the ‘People’s War against COVID-19’ under the ‘Gridded Management’ System in China », Journal of Contemporary China, 2021.

[19] Voir : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7900645/

[20] Voir : https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.05.28.20116012v1

[21] Voir : https://www.rfa.org/english/news/china/doubts-02172021092531.html

[22] Voir : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/malgre-le-covid-la-chine-signe-une-croissance-positive-en-2020-20210118

[23] https://www.wsws.org/en/articles/2021/12/14/hluo-d14.html

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