« Pas de révolution, nulle part » ?

« […] il est recommandé, surtout aujourd’hui, de chercher la distance théorique non pas tant dans le silence de longues années de développement de la notion d’œuvre d’art totale, mais comme formulation du conflit, dans la mêlée, et sur le terrain de la confrontation. » (Robert Kurz, 2012) [1]


1. Sur le terrain de la confrontation

Dix ans plus tard, cette phrase n’a rien perdu de son actualité. Au contraire, car la distance théorique exigée est toujours aussi nécessaire. Mais c’est justement pour cette raison que cette phrase ne constitue plus une recommandation mais désigne des nécessités : « Sur le terrain de la confrontation. » « Dans la mêlée. » « Comme formulation du conflit. »

Je n’ai jamais rencontré Robert Kurz. Si je suis ici, devant vous, c’est uniquement parce que j’ai commencé à le lire — si tard, me suis-je déjà dit plusieurs fois. Je ne peux donc pas vous parler de l’homme Robert Kurz. Mais je peux parler de l’impression que me laisse la lecture de ses écrits. J’imagine que cela ne lui aurait pas déplu mais je ne peux pas en être sûr, pour la raison que je viens d’évoquer.

Il y a presqu’un an, lors d’une rencontre de personnes de la critique de la valeur, j’ai dit que mon intérêt pour la critique de la valeur-dissociation, cofondée par Robert Kurz, provenait de l’aggravation des phénomènes de crise qui accompagnent la destruction des fondements de la vie, ainsi que de ma perplexité liée à l’état d’apathie, à l’impression de paralysie et à l’attitude d’ignorance qui caractérisent ces conditions.

Concevoir la modernité productrice de marchandises qui domine notre quotidien comme une société fétiche — et pour la première fois « totalitaire » [2] —, comme l’a proposé Kurz, représente pour moi le premier pas vers une réponse à la question de savoir d’où viennent cette destruction et cette apathie, cette paralysie, cette ignorance, et ce, au-delà d’un psychologisme menaçant de tous côtés (c’est-à-dire dans la psychanalyse aussi) comme approche explicative. Le pivot de cette première étape est la métaphore marxienne du fétiche [3] pour le mode de production capitaliste, — et donc la socialisation marchande, « dans laquelle les hommes ont confié le règlement de leurs affaires les plus propres, jusqu’à leur propre survie, à une instance extérieure, néanmoins créée par eux-mêmes, qui médiatise désormais les relations sociales et constitue ainsi un rapport de domination » [4] — et ce dans le sens d’une domination sans sujet.

Le mode de production capitaliste est « une extension de la production pour elle-même », c’est-à-dire « une fin en soi irrationnelle ». Avec la « métaphore paradoxale » du sujet automate, Marx désigne ce « véritable noyau du rapport social capitaliste paradoxal » : le sujet automate ne doit pas être compris comme « une entité particulière, qui attend quelque part à l’extérieur, mais il est le charme social sous lequel les hommes soumettent leur propre action à l’automatisme de l’argent capitalisé ». [5]

C’est à partir de là que je suis sensible à la notion de crise (telle que développée par la critique de la valeur-dissociation) qui va de pair avec l’hypothèse fondamentale — proposée par Robert Kurz — selon laquelle le monde dans lequel nous vivons est le monde de la crise d’un « totalitarisme de la socialisation par la valeur », [6] dont, précisément parce que la condition sociale de la psychanalyse est la modernité productrice de marchandises, ni le divan ni le fauteuil ne sont exclus de mon activité pratique de psychanalyste, et encore moins ce qui se passe entre les deux.

Que la réponse qui serait nécessaire face à de telles conditions ne se fait pas en un tour de main — les mots-clés le suggèrent déjà à eux seuls : car comment sortir de sa propre société fétiche, se libérer d’une domination sans sujet, démentir la valeur du sujet automate ? Comment dire non, comment refuser la socialisation négative ? Mais en même temps, rien n’explique que nous n’ayons toujours pas suivi la proposition de la célèbre bande dessinée française du début des années 1970, L’an 01 : « On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. » [7]

Pourquoi la critique de ces conditions ne va-t-elle pas de soi ? Ou, pour le dire autrement, pourquoi l’impulsion vers une théorie critique de cette crise tourne-t-elle toujours à vide ? Comment se justifie « la paralysie actuelle de la critique radicale » ? [8]

Il y a maintenant trente ans, Robert Kurz a attiré l’attention sur le fait que « la critique radicale doit se battre contre la force de gravitation des conditions existantes apparemment accablantes » comme point de départ pour l’élaboration d’une réponse à cette question. [9] Contrairement à la gravité physique, celle dont il est question ici n’est pas une loi dite naturelle, mais est d’emblée, c’est-à-dire essentiellement liée à « l’existant apparemment tout-puissant », — en tant que fait humain. Mais la gravité dans ce sens n’est pas non plus quelque chose que nous percevons directement, — à moins que nous ne marchions sur la lune ou, comme certains le souhaitent, bientôt sur Mars. [10] Tant que nos deux pieds se trouvent encore sur ce sol, nous avons affaire à l’adversaire invisible et imperceptible en soi de « l’existant apparemment tout-puissant », dont nous faisons nous-mêmes partie — donc à quelque chose qui nous colle pour ainsi dire à la peau, mais que nous ne pouvons pas secouer, parce qu’il nous adhère comme de l’intérieur, c’est-à-dire : ne nous est justement pas extérieur.

Comment donc lutter contre ce qui nous oblige à remettre en question la conception courante de la distinction entre intérieur et extérieur ? La psychanalyse a aussi par excellence quelque chose à dire à ce sujet — Robert Kurz, soit dit en passant, l’a pressenti très tôt et a tenté d’y faire droit. [11]

Voici donc notre point de départ : la rupture ontologique avec l’histoire des rapports fétichistes n’a pas de base, [12]et : le besoin ontologique est impossible à satisfaire. [13]  Cette rupture et ce besoin sont donc toujours déjà entremêlés, et doivent donc être médiatisés l’un par l’autre, — et ce de manière transversale par rapport aux points de repère habituels, — à contre-courant, pour ainsi dire. Cette médiation nécessaire ne se fait pas entre les contraintes extérieures et leur intériorisation subjective ou entre le sujet et l’objet, mais se donne à voir comme un problème de médiation entre le contenu et la forme. [14]

2. Crise et critique

Il y a maintenant dix ans et demi, Robert Kurz écrivait une lettre ouverte aux personnes intéressées par la revue Exit ! — Crise et critique de la société marchande, [15] fondée après la scission de Krisis. J’ai choisi le titre de cette lettre comme titre de mon exposé d’aujourd’hui, en l’accompagnant toutefois d’un point d’interrogation. Ce que je voudrais vous présenter à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Robert Kurz, demain, le 18 juillet 2022, peut se concevoir comme le déploiement de ce point d’interrogation : comment comprendre ces mots « Pas de révolution, nulle part » ?

Kurz s’adresse à ses lecteurs au tournant de l’année 2011/12 en les invitant à soutenir la revue « dans sa nage à contre-courant ». Il ne le fait toutefois pas sans s’opposer auparavant de manière critique à la « soudaine inflation du concept de révolution » perceptible à l’époque, telle qu’elle s’est produite sous l’influence du soi-disant printemps arabe, des émeutes violentes de jeunes des classes défavorisées et sans espoir en Grande-Bretagne, des mouvements sociaux dans les pays du sud de l’Europe touchés par la crise de la dette, des manifestations de masse contre la politique du gouvernement Netanyahu en Israël, de la rébellion des étudiants au Chili contre l’orientation néoconservatrice du système éducatif, et de la protestation du mouvement Occupy aux États-Unis contre les inégalités croissantes et contre le pouvoir des banques.

Kurz s’y oppose sans équivoque : nulle part, on ne peut parler de révolution. Mais partout, les graves distorsions sociales renvoient à des structures globales du capitalisme mondial, — des indications qui ne sont toutefois justement pas ou pas suffisamment comprises et visées comme telles. [16]  L’interprétation de Kurz ? « Celui qui ne veut pas saisir et combattre la totalité capitaliste a déjà perdu son combat. » Et sa conclusion ? « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire » ! Avec Marx, il souligne donc « l’importance de la réflexion théorique » : « Marx a souligné à juste titre qu’un véritable bouleversement révolutionnaire ne progresse que dans la mesure où ses débuts et ses étapes de passage sont critiqués, et ce impitoyablement, afin de les dépasser et de les pousser au-delà de leurs demi-mesures, de leurs conclusions erronées et de leurs aberrations ». [17] Ce qui est décisif ici, c’est que cette réflexion théorique doit justement être autre chose qu’un simple exercice de style rationaliste de type académique, mais qu’elle consiste en un examen de ses propres conditions historiques.

Deux ans auparavant, Kurz avait déjà repris rapport de conditionnalité déjà mis en évidence entre la rupture ontologique (sans fond) qui serait nécessaire et le besoin ontologique (irréalisable) qui s’oppose à la rupture avec les conditions existantes. Cette rupture aurait pour condition la reconnaissance de la crise, tout comme l’insuffisance de la critique et les formations de compromis afférentes sont la conséquence de ce besoin. Il s’agit de rendre possible le renversement de cette situation : « La critique catégorielle sans réassurance ontologique et la crise catégorielle en tant que borne interne strictement objective de la production de plus-value se conditionnent mutuellement »; c’est-à-dire que soit la crise et la critique touchent à leur noyau catégoriel commun, soit la crise et la critique disparaissent en même temps et chacune de leur côté ; dans ce dernier cas, « une critique tronquée, ne visant pas les fondements » — donc : immanente — ne veut rien savoir de la crise et soutient « le postulat selon lequel la production de plus-value doit être éternellement capable de se régénérer par elle-même ». [18]  Un an après le début de ladite crise financière de 2008, Kurz souligne ici encore une fois le niveau catégoriel de la crise mis en évidence par la critique de la valeur-dissociation, à savoir celui d’une borne interne absolue de la valorisation qui conduit inévitablement à l’effondrement de la socialisation capitaliste ; cependant, il désigne également dans le même souffle un « recul devant les conséquences de la crise catégorielle, qui anesthésie toute capacité de réflexion ». [19]

Dès lors, on comprend pourquoi la lettre déjà mentionnée, écrite deux ans plus tard, affirme que le « renouvellement théorique attendu ne peut être essentialiste que de manière négative » et doit « viser de manière anti-relativiste la fausse totalité ». [20]

La même année, Kurz donne un aperçu du contexte historique interne du développement capitaliste, en soulignant une fois de plus que ce développement n’obéit à rien d’autre qu’à une dynamique de crise. La question de savoir pourquoi le capitalisme survit à chaque crise est donc déjà mal posée. Il est préférable de dire qu’il vit de la crise. Ou plus précisément encore, et en guise de réponse, le capitalisme est la crise.

Qu’en est-il donc de ce capitalisme de crise ? Bien qu’il rappelle avec un clin d’œil que Marx « n’a malheureusement pas laissé de théorie pratique de la crise au format d’un manuel de vulgarisation », Kurz trouve tout de même le début d’une réponse à cette question chez le fondateur de la critique de l’économie politique — et ce dans le cadre d’une lecture critique approfondie de Marx avec Marx et au-delà de Marx, [21] qui s’étend jusqu’au troisième tome du Capital, publié onze ans après sa mort, dans lequel Marx formule la théorie de la chute tendancielle du taux de profit. [22] Kurz conclut de sa lecture : « D’après cela, le problème à long terme n’est pas le manque périodique de réalisation de la plus-value sur le marché, mais bien plus fondamentalement son manque de production lui-même ». [23]

En d’autres termes, « le fondement et la condition de la théorie marxienne de la crise est l’argumentation qui représente la disparition du travail lui-même ». De ce point de vue, la crise n’est « autre que la perte de substance objectivée du capital provoquée par le mécanisme interne propre de celui-ci ». Le travail, selon Kurz, « s’échappe comme le sable s’échappe du sac par un trou ou l’eau par une fuite dans le réservoir ». Voici en détail ce qui se passe :

« Le capital se vide et s’affaiblit, et sa vie alimentée par le travail s’arrête. Quand l’un des composants du sujet automate, c’est-à-dire le travail, tarit, l’autre, l’argent, est obligé de décroître — il perd de sa substance, donc de sa valeur et devient lui-même obsolète. Il y a interruption du rapport ou de la forme de circulation sociale générale de la triple médiatisation : travail abstrait, revenu monétaire et consommation de marchandises. Tout le mode de vie apparemment naturel et reposant sur ces relations fétichistes se délabre et devient pratiquement impossible. On se retrouve alors devant l’absurdité suivante : tous les moyens et capacités d’une riche reproduction abondent, mais les hommes paralysés par la ˝main invisible˝ [A. Smith] du capital ne peuvent plus mettre en œuvre leurs propres possibilités, parce qu’elles ne satisfont plus à l’irrationnelle fin en soi du sujet automate ». [24]

Partant de là, nous devons reconnaître deux choses : d’une part, « que la crise ne se développe pas de manière linéaire, mais progressive », c’est-à-dire « qu’elle présente une tendance historique croissante » ; et d’autre part et simultanément, que ces phrases ne décrivent pas une situation à un moment donné dans le futur, mais décrivent déjà notre situation actuelle [25] — et ce depuis un demi-siècle déjà. [26]

3. Médiation de la contradiction

C’est sans doute l’une des grandes forces de la « critique de la valeur », cofondée par Robert Kurz dès les années 1980, que de s’être déployée « à partir de l’immanence capitaliste ». Bien entendu, nous ne pouvons que l’indiquer ici ; nous ne pouvons le comprendre qu’en lisant nous-mêmes les travaux de Robert Kurz, tels qu’ils se sont succédé : de L’effondrement de la modernisation (1991), Honeckers Rache, Potemkins Rückkehr et Krise von Demokratie und Marktwirtschaft (1991-1993) au Schwarzbuch Kapitalismus (1999), puis à la Weltordnungskrieg (2003) et au Weltkapital (2005), jusqu’à Geld ohne Wert (2012). [27]

La conséquence de ce déploiement immanent, à savoir que la critique de la valeur-dissociation ne peut plus « adopter un point de vue d’identité ontologique et d’intérêt positif », lui a été reprochée à maintes reprises de divers côtés. Il est toutefois erroné de voir dans cette attitude une faiblesse de la critique. En fait, nous pouvons y voir, bien au contraire, sa véritable force — qui, en contrepartie, la confronte à un défi incessant. Car la « contradiction en procès » (Marx) du système capitaliste de la modernité productrice de marchandises va de pair avec le « traitement de la contradiction » [28] affirmatif au sein du système, qui s’oppose à la nécessaire « médiation de la contradiction » (Kurz) critique — par exemple en ce que ce « traitement de la contradiction » produit les formes de « contre-pratique » immanente qui, cependant, « malgré leur opposition extérieure vis-à-vis de l’administration des humains et de la crise, font partie intégrante de la reproduction capitaliste elle-même, et restent, de par leur origine, « nécessairement particulières » : « elles ne sont critiques que par rapport à des phénomènes individuels de la reproduction capitaliste et se réfèrent [uniquement et exclusivement] aux formes sociales données. » [29] C’est précisément ici que l’on constate une grande proximité avec l’approche psychanalytique, qui ne traite pas le symptôme comme une « manifestation isolée » et séparée — contrairement aux multiples approches thérapeutiques.

Encore une fois : le point de départ est la reconnaissance de la contradiction : « Le capital est auto-contradiction en procès du fait que, d’une part, il a pour seul but l’accumulation incessante de valeur ou ˝richesse abstraite˝ (Marx), mais que, d’autre part, la concurrence le contraint à rendre de plus en plus superflue la force de travail humaine, source exclusive de cette valeur, par le développement des forces productives et à la remplacer par des appareils scientifiques et techniques. Or, le développement des forces productives n’est pas un éternel retour du même, mais un processus historique irréversible ».[30]  Or, cette contradiction est toujours déjà traitée de manière immanente et affirmative, — par exemple en ce que « l’intérêt de l’existence capitaliste [se lie] aux catégories fétiches ontologisées et socialement généralisées, et les soumet à une interprétation, ou plutôt une interprétation-réelle, qui va jusqu’aux manifestations meurtrières du sexisme, du racisme et de l’antisémitisme ». [31] Or, il s’agit précisément de briser ce traitement — qui préserve le processus capitaliste — et d’ouvrir la voie à la médiation de la contradiction : en direction simultanée de son dépassement.

Une idée fondamentale de la critique de la valeur-dissociation est que la « contradiction en procès » et le « traitement de la contradiction » qui en découle rongent toutes les catégories du système moderne de production de marchandises. La « médiation » de cette contradiction doit donc s’attaquer à toutes les catégories à la fois.

Le survol suivant des catégories capitalistes élémentaires montre qu’il est tout à fait justifié, dans ce contexte, de parler de la totalité de la socialisation négative de la valeur [32] :

  1. La notion abstraite de ˝travail˝
  2. la ˝valeur˝ économique
  3. la présentation sociale des produits en tant que ˝marchandises˝
  4. la forme générale de l’argent
  5. le passage par les ˝marchés˝
  6. la réunion de ces marchés en ˝économies nationales˝
  7. les ˝marchés du travail˝ comme conditions d´’une économie marchande, financière et une économie de marché à grande échelle
  8. l’État en tant que ˝communauté abstraite˝
  9. le ˝droit˝ général et abstrait règlementant tous les rapports personnels et sociaux comme forme de subjectivité sociale
  10. la forme d´État pur et parachevé qu’est la ˝démocratie˝
  11. le déguisement irrationnel, culturel et symbolique de la cohérence nationale économique en ˝nation˝

C’est finalement le concept marxien de valeur qui donne forme à ce rapport catégoriel, et ce dès le début. Robert Kurz n’a pas seulement pu mettre en évidence que la « forme sociale » [Formzusammenhang] de ces catégories fondamentales de la socialisation capitaliste moderne, d’une part, « se sont constituées à travers des processus historiques aveugles », d’autre part aussi ont « été imposées aux hommes au long de plusieurs siècles d’éducation, d’accoutumance et d’internalisation par des protagonistes et des dirigeants » — avec le résultat que « ces catégories firent bientôt figure de constantes anthropologiques insurmontables défiant toute critique » [33].  Robert Kurz en a aussi et surtout déduit que, de cette manière, la « première difficulté d’une critique catégorielle du capitalisme » ne peut être que d’« arracher ces catégories au statut d’évidence silencieuse, de les rendre explicites et donc enfin accessibles à la critique ». [34]

4. Critique du travail

Même s’il résulte de ce qui vient d’être dit qu’il n’est pas question, dans l’esprit de la critique radicale, de détacher ne serait-ce qu’une seule catégorie de son rapport de forme avec les autres pour la critiquer individuellement, la « critique de la valeur-dissociation » a été, dès le début, avant tout une « critique du travail ». [35]

En témoigne, comme aucune autre, cette phrase par laquelle Robert Kurz, cinq ans après la publication du manifeste de 1999 encore publié dans le cadre du groupe Krisis — « Prolétaires de tous les pays, ça suffit ! » — résume les dix-huit points de ce « Manifeste contre le travail » : « Travail concret et travail abstrait sont une seule et même chose ; ils se rejoignent dans l’abstraction ˝travail˝ comme abstraction réelle ». [36]

La catégorie du travail abstrait [37] ne signifie certes « rien de suprahistorique » [38], mais elle se présente néanmoins comme « une folie métaphysique » [39] ; elle concerne certes « une question de conscience » [40], mais représente en même temps non seulement un « renversement du concret et de l’abstrait » [41], mais aussi « le rapport du général et du particulier [pris] à l’envers » [42]  ; et ainsi le travail abstrait témoigne d’ « un système fantomatique » qu’il a engendré, — et au sein duquel il est « dans le monde, mais il n’est pas du monde » [43].

De même que la valeur, en tant qu’abstraction réelle, donne sa forme au lien entre les catégories et que la marchandise se voit conférer son caractère par le rapport fétichiste, — de même le travail fournit au capital sa substance unheimlich (d’inquiétante étrangeté). Le travail abstrait constitue donc « le mode suivant lequel le principe essentiel social non-matériel se saisit de manière terrifiante du monde matériel ». [44]  La socialisation qui en résulte doit être qualifiée de négative, — car par elle, les hommes sont certes dans le monde, mais en même temps ils ne sont pas du monde.

5. À contre-courant, contre la gravité

À partir de là on comprend qu’il n’y ait vraiment « aucune révolution » à l’horizon, « nulle part » !

S’il est vrai, comme l’a un jour formulé Robert Kurz, que plus le monde devient économique, plus il est en proie aux crises ; et plus il est en crise, plus la conscience devient économique, « mais sous une forme totalement a-théorique et a-critique » [45] — quelles chances cette situation laisse-t-elle encore pour le changement des conditions ou des rapports sociaux ?

« Pas de révolution, nulle part » peut aussi être compris autrement, dans le sens de l’introduction de Robert Kurz à son dernier livre, qu’il a intitulée « La révolution théorique inachevée ».

Il s’agit de la révolution initiée par Karl Marx. Celle-ci est dite inachevée parce que, pour la faire progresser, l’œuvre de Marx a besoin d’une nouvelle, d’une autre lecture. C’est au développement de cette nouvelle et autre lecture que Robert Kurz a consacré sa vie.

Dans l’esprit de cette lecture, il s’agit toujours de « se redonner », à contre-courant et contre la force de gravité, « une culture théorique de la critique de l’économie politique ». [46] Et dans le même esprit, aujourd’hui, dix ans après sa mort, l’œuvre de Robert Kurz est loin d’être achevée.

J’ai commencé par une citation. Je voudrais terminer par une citation. Et plus précisément avec trois phrases des débuts, c’est-à-dire d’un travail de 1987, auquel on se réfère toujours comme d’un texte fondateur de la critique de la valeur-dissociation. Trente-cinq ans plus tard, ces mots n’ont pas pris une ride, ils sont au contraire restés très frais et continuent de témoigner du feu qui brûlait en Robert Kurz : « La tâche historiquement actuelle est la préparation théorique et pratique d’une révolution qui liquidera la valeur et donc l’argent. Tout le reste n’est que ferraille théorique et idéologique. La véritable bombe, en tant que noyau de l’œuvre de Marx, son héritage explosif pour l’avenir, doit encore être allumée ». [47]

Frank Grohmann, 17 juillet 2022

Présenté le 17 juillet 2022 au Café Plume à Berlin, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Robert Kurz.


[1] Extrait de la préface de Kurz, R. (2012), Geld ohne Wert. Grundrisse zu einer Transformation der Kritik der politischen Ökonomie, Horlemann, Berlin, 2012, p. 10.

[2] Kurz, R. (2004), Raison sanglante. Essais pour une critique émancipatrice de la modernité capitaliste et des Lumières bourgeoises, Crise & Critique, Albi, 2021, p. 83.

[3] Claus-Peter Ortlieb parle du « ˝caractère fétiche de la marchandise˝ introduit métaphoriquement par Marx »; Ortlieb, C.-P. (2019), »Westliche Werte? Aufklärung und Fetisch«, Zur Kritik des modernen Fetischismus, Schmetterling Verlag, Stuttgart, 2019, p. 211; dix-sept ans plus tôt, Ortlieb parlait déjà de « l’utilisation métaphorique du concept de fétiche » par Marx pour « la socialisation marchande », — voir Ortlieb, C.-P. (2002), »Die Aufklärung und ihre Kehrseite«, Zur Kritik des modernen Fetischismus, a.a.O., p. 236.

[4] Ortlieb, C.-P. (2002), »Die Aufklärung und ihre Kehrseite«, op. cit., ibid.

[5] Kurz, R. (2001), Lire Marx !, Les Balustres, Paris, 2002, p. 49 et p. 213.

[6] Kurz, R. (2004), Raison sanglante, op. cit., p. 131.

[7] « On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste. » Gébé, L’an 01 (1971), L´Association, Paris, 2014.

[8] R. Kurz (2010), L´État n’est pas le sauveur suprême. Thèses pour une théorie critique de l´État, Crise & Critique, Albi, 2022, p. 24

[9] Kurz, R. (2004), Raison sanglante, op. cit., p. 135. En ce qui concerne le reproche récurrent de la démesure de cette lutte — face à la pesanteur idéologique —, « le problème se trouve ainsi renversé » : la critique radicale est accusée de ce dont il faudrait rendre responsable le rapport social réel. Au lieu du rapport réel sous-jacent, c’est la critique idéologique qui apparaît comme ˝totalitaire˝ ». Kurz, R. (2004), La substance du capital, L´Échappée, Paris, p. 29.

[10] D’une manière ou d’une autre, nous ne percevrions alors qu’une différence par rapport aux conditions de la force de gravité sur Terre. Cette différence est d’environ un sixième sur la Lune et d’environ un tiers sur Mars.

[11] Voici simplement quelques indications : Robert Kurz parle déjà en 1992 d’une « dimension psychanalytique de la critique de la forme de la marchandise ». (Kurz, R. (1992), »Geschlechtsfetischismus. Anmerkungen zur Logik von Weiblichkeit und Männlichkeit«, Krisis, 12, 1992; un an plus tard, il dit, « que le concept-clé pour comprendre ce ˝tiers˝ qui représente l’élément réellement constitutif ne peut être que celui de l’inconscient. » (Kurz, R. (1993), « Domination sans sujet », Raison sanglante, op. cit., p. 278; à l’aube du nouveau millénaire, nous trouvons sa remarque que la « psychanalyse prématurément déclarée morte » (mais aussi «  la critique féministe du langage ») contiennent des « possibilités inexploitées », non seulement pour découvrir « l’histoire refoulée et la fausse objectivation des contraintes capitalistes », mais en même temps rendre visible « le processus d’ ˝intériorisation˝ psychique de ces contraintes ». (Kurz, R. (1999), »Die kulturelle Richtung des 21. Jahrhunderts. Symbolische Orientierung und neue Gesellschaftskritik«, http://www.exit-online.org; et encore au tournant de l’année 2014/15, Claus-Peter Ortlieb écrit : « La plupart des questions relatives à la nature du […] charme fétichiste et à la manière de le rompre restent ouvertes. Pour les élucider, il pourrait être intéressant de faire fructifier les catégories psychanalytiques pour la critique de la valeur-dissociation défendue ici ». (Ortlieb, C.-P. (2014/15), »Krisenwirren«, Zur Kritik des modernen Fetischismus. Die Grenzen bürgerlichen Denkens, Schmetterling Verlag, Stuttgart, 2019, p. 343.

[12] Kurz, R. (2004), Raison sanglante, op. cit., p. 184.

[13] Ibid., p. 191.

[14] « Dans ce fétichisme d’une socialisation des choses mortes plutôt que des hommes vivants eux-mêmes, qui constitue l’essence du ˝sujet automate˝, s’établit un rapport de la forme et du contenu substantiel qui est à la fois réel et fantasmagorique ». Kurz, R. (2000), »Marx 2000«, Weg und Ziel, 2/99.

[15] Kurz, R. (2012), »Keine Revolution, nirgends. Offener Brief an die InteressentInnen von EXIT zum Jahreswechsel 2011/12«. Paru sur le site EXIT, janvier 2012. Imprimé dans : Der Tod des Kapitalismus. Marxsche Theorie, Krise und Überwindung des Kapitalismus, LAIKAtheorie, Hamburg, 2013.

[16] Et donc : partout, soit une répression brutale, soit une instrumentalisation douce de la révolte.

[17] Kurz, R. (2012), »Keine Revolution, nirgends«, op. cit., p. 156.

[18] Kurz, R. (2009), »Weltkrise und Ignoranz«, EXIT!, 6, 2009. Cité ici d’après la réimpression dans Weltkrise und Ignoranz. Kapitalismus im Niedergang, Edition Tiamat, Berlin, 2013, p. 205.

[19] Ibid., p. 209.

[20] Kurz, R. (2012), »Keine Revolution, nirgends«, op. cit., p. 161.

[21] Et qui, comme chacun sait, conduit à reconnaître un « double » Marx, un Marx « exotérique » et un Marx « ésotérique ».

[22] « Pour chaque capital monétaire investi, la part du capital physique augmente constamment, tandis que le nombre de travailleurs mobilisables par ce biais diminue tout aussi régulièrement. […] Comme seule la force de travail produit une nouvelle valeur, le profit moyen à l’échelle de la société doit diminuer par capital monétaire avancé, bien que la part relative de la plus-value dans la production de valeur d’une force de travail augmente. Dans le résultat social, ce qui compte, c’est le rapport de grandeur entre les deux tendances opposées ». Kurz, R. (2012), »Die Klimax des Kapitalismus. Kurzer Abriss der historischen Krisendynamik«, Weltkrise und Ignoranz. Kapitalismus im Niedergang, op. cit., p. 233.

[23] Ibid., p. 232. « Le capitalisme atteint son climax lorsque l’expansion interne est rattrapée et dépassée par le développement des forces productives. C’est alors que la chute relative du taux de profit se transforme en une chute absolue de la masse sociale de la plus-value et donc du profit, et donc que la prétendue valorisation éternelle de la valeur se transforme en sa dévalorisation historique ». Ibid., p. 235.

[24] Kurz, R. (2001), Lire Marx !, op. cit.,p. 255.

[25] « Il est certain qu’il va falloir considérer plus en détail si la troisième révolution industrielle de la microélectronique a effectivement conduit à la limite interne absolue du capital. Mais c’est exactement cet examen que refuse de faire le corps scientifique universitaire ainsi que le minable reste de la gauche politique. » Kurz (2001), Lire Marx !, op. cit., p. 258.

[26] « La crise est moins analysée que refoulée et niée. Le paradoxe subsiste parce que la théorie économique s’invalide d’autant plus rapidement que la crise des catégories économiques se manifeste plus nettement. » Ibid. Voir aussi Grohmann, F. (2020), »Die Vermittlung des Widerspruchs und die doppelte Aufgabe der Psychoanalytiker«, Junktim — Forschen und Heilen in der Psychoanalyse, #3, Umwelt, Krise, Unbewusstes, Turia & Kant, Wien, Berlin, 2020.

[27] Une série dont la Raison sanglante, parue en 2004, n’est pas seulement le titre principal, mais dont le contenu rassemble les fils et prépare le terrain pour les étapes suivantes.

[28] Voir en détail : Kurz, R. (2007), Gris est l’arbre de la vie, verte est la théorie, Crise & Critique, Albi, 2022.

[29] Ibid., p. 43 « Au niveau de la ˝pratique pratique˝, avec ses multiples sphères et médiations, le traitement de la contradiction n’est donc jamais originaire, immédiat et pour ainsi dire innocent sur le plan réflexif ; il est, au contraire, toujours chargé d’idéologie et imbibé ˝théoriquement˝, même si la conscience quotidienne ne s’en rende pas compte. Dans l’interprétation (réelle) permanente et ˝disputée˝ du capitalisme, la ˝pratique théorique˝ et la ˝pratique pratique˝ constituent l’une comme l’autre une pratique idéologique, et se rejoignent précisément à cet endroit. Cette ˝pratique idéologique˝ représente le véritable rapport de médiation de l’unité négative entre théorie et pratique ; elle forme un volet central de la reproduction capitaliste en entrant dans l’agir matériel et social, constitué de manière fétichiste, de la valorisation de la valeur et de la dissociation. » Ibid., p. 46-47.

[30] « Comme le montre Marx dans les Grundrisse, on s’achemine vers une situation où les produits sont certes des biens d’usage courant, mais ne peuvent représenter, en tant que marchandises, une quantité suffisante d’énergie de travail humaine passée. Ils deviennent invendables parce qu’ils ne représentent plus aucune valeur abstraite. Ce n’est pas une épuration, mais une ˝barrière interne˝ (Marx) du capital ». Kurz, R. (2012), »Die Klimax des Kapitalismus«, op. cit., p. 232.

[31] Kurz, R. (2007), Gris est …, op. cit, p. 116.

[32] Kurz, R. (2001), Lire Marx !, op. cit., p. 24.

[33] Ibid., p. 24. « L’économie politique […] et avec elle toutes les autres sciences sociales différenciées (aujourd’hui définitivement rabaissées au rang de simples sciences secondaires, pour ne pas dire ˝d’auxiliaires de police˝ théoriques de l’économie politique) n’ont pas pour objet les catégories capitalistes telles que travail, valeur, marchandises, argent, marché, État politique, mais les ont comme condition aveugle de leur raisonnement ˝scientifique˝. On ne cherche plus à savoir le ˝quoi˝ et le ˝pourquoi˝ de la forme subjective de l’échange de marchandises, de la transformation de la force de travail en argent et du capital financier en plus-value ; mais uniquement le ˝comment˝ de sa fonction, de la même façon que les spécialistes des sciences de la vie n’analysent que le ˝comment˝ des lois dites naturelles. » Ibid., p. 37. Traduction modifiée par nous.

[34] Ibid., p. 37.

[35] Kurz, R. (2007), Gris est …, op. cit., p. 14

[36] Kurz, R. (2004), La substance du capital, Crise & Critique, Albi, 2019, p. 118.

[37] « C’est seulement le système moderne de production de marchandises, avec sa fin en soi de transformation incessante de l’énergie humaine en argent, qui a donné naissance à une sphère particulière de ce que l’on appelle le travail, détachée de toutes les autres relations, abstraite de tout contenu — une sphère d’activité dépendante, inconditionnelle et sans relation, robotique, séparée du reste du contexte social et obéissant à une rationalité abstraite ˝d’entreprise˝ de finalité, au-delà des besoins. […] L’accumulation de ˝travail mort˝ sous forme de capital, représenté sous forme d’argent, est le seul ˝sens˝ que connaît le système moderne de production de marchandises ». Groupe Krisis, Manifest gegen die Arbeit, p. 9-10.

[38] « Dans sa forme historique spécifique, il [le travail abstrait] n’est rien d’autre que la dépense abstraite de la force de travail humaine et la consumation des matières premières de la nature dans l´’économie d’entreprise. […] le travail, dans cette abstraction étrange, peut également être défini par son caractère tout aussi étrange de fin en soi. »  Kurz, R. (1991), L’effondrement de la modernisation. De l’écroulement du socialisme de caserne à la crise du marché mondial, Crise & Critique, Albi, 2021, p. 32.

[39] « ˝Travail mort˝ ? Une folie métaphysique ! Oui, mais une métaphysique devenue une réalité palpable, une ˝folie objectivée˝ qui tient cette société dans une poigne de fer. Dans l’éternel achat et la vente, les hommes ne s’échangent pas en tant qu’êtres sociaux conscients d’eux-mêmes, mais ils ne font qu’exécuter, en tant qu’automates sociaux, la fin en soi qui leur est présupposée ». Groupe Krisis, Manifest gegen die Arbeit, p. 9-10.

[40] En ce qui concerne la « folie métaphysique », il ne s’agit donc « ni d’un problème matériel, ni d’un problème technique ou organisationnel, mais uniquement d’une question de conscience. Pour pouvoir survivre en tant que civilisation, l’humanité doit se débarrasser du lavage de cerveau du libéralisme et de son système benthamien, c’est-à-dire en quelque sorte régurgiter les contraintes et les impositions intériorisées de la machine aveugle de l’argent, afin de pouvoir se confronter sans préjugés au rapport entre les ressources disponibles et leur utilisation sociale raisonnable. Cela signifierait ne plus vouloir regrouper les formes, catégories et critères sociaux dominants dans une quelconque autre combinaison, mais les abolir purement et simplement ». Kurz, R. (1999), Schwarzbuch Kapitalismus. Ein Abgesang auf die Marktwirtschaft, Eichborn, Frankfurt am Main, 1999, p. 783.

[41] « A l’inversion de la fin et des moyens correspond donc une inversion du concret et de l’abstrait ; le concret n’est plus que l’expression de l’abstrait au lieu de l’inverse. Le soi-disant ˝travail concret˝ et le spectre correspondant des ˝valeurs d’usage˝ ne sont donc pas le ˝bon˝ côté du système, orienté vers les besoins, mais ne sont eux-mêmes que la manifestation concrète d’une abstraction réelle. Car l’activité de production concrète n’apparaît socialement que comme ˝porteur˝ de cette abstraction. Elle n’existe pas pour elle-même, mais est soumise au diktat de la ˝valorisation de la valeur˝. Le ˝travail concret˝ produit donc aussi des résultats irrationnels et destructeurs du côté de la valeur d’usage ; et ce à l’insu de tous les participants, qui restent néanmoins enchaînés à la contrainte structurelle du système ». Kurz, R. (1999), « Marx 2000 », Weg und Ziel, 2/99.

[42] « Je serais tenté de dire que ces définitions marxiennes reflètent le paradoxe réel du rapport capital et de sa socialisation centrée sur la valeur, puisqu’en l’occurrence le capital réduit effectivement (˝réellement˝) à une abstraction le concret en soi, l’infinie diversité du monde, et renverse complètement le rapport entre universel et particulier. Au lieu que l’universel émane du particulier, le particulier se voit au contraire rabaissé au rang de manifestation de l’universel totalitaire. Quant au concret, il ne représente plus la diversité structurée du particulier, mais n´˝est˝ que l´˝expression˝ de l’universel abstrait-réel, de la ˝substance˝ universelle. » Kurz, R. (2004), La substance du capital, op. cit., p 50-51.

[43] « Ce système fantomatique du ˝travail abstrait˝ comme forme de mouvement de la ˝richesse abstraite˝ est dans le monde, mais pas du monde. Ce n’est pas un dieu, mais la victime éveillée à une vie propre synthétique, véritablement fantomatique ».  Kurz, R. (2012), Geld ohne Wert. Grundrisse zu einer Transformation der Kritik der politischen Ökonomie, Horlemann, Berlin, 2012, p. 404.

[44] Kurz, R. (2004), La substance du capital, op. cit., p. 44.

[45] Kurz, R. (2001), Lire Marx !, op. cit., p. 258

[46] Ibid.

[47] Kurz, R. (1987), »Abstrakte Arbeit und Sozialismus. Zur Marxschen Werttheorie und ihrer Geschichte«, Marxistische Kritik, 4, Dezember 1987.

Une réflexion sur « « Pas de révolution, nulle part » ? »

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